

« Jusqu’à ce que vous rendiez l’inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous l’appellerez le destin. »
Cette phrase de Carl Gustav Jung, résume avec beaucoup de justesse l’importance du travail intérieur. Une grande partie de notre vie n’est pas seulement déterminée par ce qui nous arrive objectivement, mais aussi par la manière dont nous percevons, interprétons et ressentons ce qui nous arrive.
Nous ne regardons jamais la réalité de manière totalement neutre. Nous la regardons à travers notre histoire, nos expériences, notre système nerveux, nos blessures, nos attentes, nos peurs, nos croyances et nos schémas profonds. Ce que nous appelons « la réalité » est donc souvent une réalité vécue, interprétée, filtrée par notre monde intérieur.
C’est pour cette raison qu’il est si important de travailler sur notre manière de penser, de nous percevoir nous-mêmes et de percevoir le monde qui nous entoure. Travailler sur nos croyances ne signifie pas simplement « penser positif ». Cela signifie rendre conscients les programmes intérieurs à partir desquels nous interprétons la vie, les autres, notre valeur, nos possibilités et notre avenir.
Comment naissent nos croyances ?
Nos croyances ne se forment pas par hasard. Elles apparaissent très tôt, à partir de notre tempérament, de notre environnement, de nos expériences relationnelles et de la manière dont nos besoins fondamentaux ont été accueillis ou non.
Pendant l’enfance, et même avant la naissance, dans le ventre de notre mère, nous recevons déjà des informations, des sensations et des impressions auxquelles notre organisme s’adapte. L’enfant ne dispose pas encore d’une capacité mature d’analyse. Il ne peut pas prendre de recul, relativiser ou comprendre psychologiquement ce qui se passe autour de lui. Il ressent, il absorbe, il interprète avec les moyens dont il dispose, et surtout, il cherche à préserver le lien, la sécurité et l’amour.
Lorsque l’environnement est suffisamment sécurisant, aimant et stable, l’enfant peut développer des croyances relativement saines sur lui-même et sur le monde. Il peut apprendre qu’il a de la valeur, que ses besoins comptent, qu’il peut être aimé même lorsqu’il n’est pas parfait, qu’il a le droit d’exister, de ressentir, d’exprimer, d’explorer et de se tromper.
Mais lorsque l’environnement est marqué par la critique, le rejet, l’indifférence, la comparaison, l’instabilité, la violence, l’anxiété ou l’absence émotionnelle, l’enfant peut tirer d’autres conclusions. Si ses parents se montrent souvent déçus, en colère ou distants lorsqu’il fait une erreur, il peut apprendre qu’il doit être parfait pour être aimé. S’il est comparé à ses frères et sœurs, à ses camarades ou à d’autres enfants, il peut apprendre que sa valeur dépend de sa performance ou du regard extérieur. S’il est souvent seul, livré à lui-même, il peut conclure qu’il n’est pas important ou que personne ne sera là pour lui. Si l’environnement familial est anxieux, imprévisible ou violent, il peut apprendre que le monde est dangereux, qu’il doit rester en alerte, qu’il ne peut faire confiance à personne ou qu’il est responsable de ce qui arrive.
Ces conclusions ne sont pas toujours formulées consciemment. L’enfant ne se dit pas nécessairement : « Je ne mérite pas d’être aimé » ou « Je dois être parfait pour être accepté ». Mais ces croyances peuvent s’inscrire implicitement dans son corps, dans son système nerveux, dans sa manière de ressentir et dans ses comportements. Elles deviennent progressivement une manière d’être au monde.
À l’âge adulte, ces croyances peuvent continuer à fonctionner en arrière-plan. Une personne peut se comparer constamment aux autres, non parce qu’elle le choisit consciemment, mais parce qu’une partie d’elle cherche à vérifier sa valeur. Elle peut avoir peur du jugement, non parce que chaque regard extérieur représente réellement une menace, mais parce que son système intérieur a appris à associer l’erreur, la critique ou la différence au rejet. Elle peut rechercher la validation, non par superficialité, mais parce qu’un ancien besoin de reconnaissance et de sécurité n’a pas été suffisamment nourri.
Croyances, émotions et schémas
Une croyance n’est pas seulement une pensée. Elle s’accompagne généralement d’émotions, de sensations corporelles, de souvenirs et de comportements. C’est pourquoi il est souvent plus juste de parler de schémas.
Un schéma peut être compris comme une organisation intérieure relativement stable, construite à partir de souvenirs, d’émotions, de sensations corporelles et de croyances sur soi, les autres et le monde. Il agit comme une sorte de carte interne. Cette carte nous aide à interpréter la réalité, mais elle peut aussi la déformer lorsque les expériences anciennes continuent à organiser notre perception du présent.
Jeffrey Young, dans la thérapie des schémas, a montré que les schémas précoces se forment souvent dans l’enfance ou l’adolescence, puis se renforcent tout au long de la vie. Certains schémas peuvent être adaptés et soutenir le développement de la personne. D’autres deviennent inadaptés ou dysfonctionnels, notamment lorsqu’ils se sont construits dans des contextes de manque affectif, de rejet, d’abandon, d’abus, de critique, de surprotection ou de frustration répétée des besoins émotionnels fondamentaux.
Ces besoins fondamentaux concernent notamment la sécurité de l’attachement, l’autonomie, la liberté d’exprimer ses émotions et ses besoins, la spontanéité, le jeu, ainsi que l’existence de limites claires et sécurisantes. Lorsque ces besoins ne sont pas suffisamment satisfaits, l’enfant développe des stratégies pour s’adapter à son environnement. Ces stratégies peuvent être très intelligentes à l’époque où elles se mettent en place, car elles permettent de préserver le lien, de réduire la douleur ou d’augmenter le sentiment de sécurité. Mais elles peuvent devenir limitantes lorsqu’elles continuent à fonctionner automatiquement à l’âge adulte, alors que le contexte a changé.
Par exemple, un enfant qui a appris que l’erreur entraînait la critique peut devenir un adulte perfectionniste, convaincu qu’il doit tout maîtriser pour éviter l’humiliation. Un enfant qui a vécu le rejet peut devenir un adulte qui anticipe constamment l’abandon ou qui cherche à plaire pour ne pas perdre le lien. Un enfant qui a grandi dans un environnement imprévisible peut devenir un adulte hypervigilant, qui a besoin de contrôler son environnement pour se sentir en sécurité.
Dans ce sens, les schémas ne sont pas des défauts de caractère. Ce sont souvent d’anciennes adaptations. Le problème n’est pas qu’ils aient existé, mais qu’ils continuent à diriger notre vie sans être remis en question.
Les héritages familiaux, transgénérationnels et collectifs
Nos croyances ne viennent pas uniquement de notre expérience personnelle directe. Elles peuvent aussi s’inscrire dans une histoire plus large : familiale, transgénérationnelle, culturelle et collective.
Chaque famille transmet bien plus que des mots, des valeurs ou des habitudes. Elle transmet aussi des peurs, des silences, des loyautés invisibles, des manières d’aimer, de se protéger, de gérer les conflits, de vivre la réussite, l’argent, le corps, la séparation, la honte ou la souffrance. Certaines croyances semblent ainsi circuler d’une génération à l’autre : « Il faut se méfier des autres », « La vie est dure », « Il faut souffrir pour mériter », « On ne parle pas de ses émotions », « Il ne faut pas trop se montrer », « L’amour se mérite », « Il faut être fort », « L’erreur est dangereuse », « La réussite attire le rejet ».
La transmission transgénérationnelle ne se fait pas seulement par des discours explicites. Elle peut passer par des comportements, des attitudes corporelles, des réactions émotionnelles, des non-dits, des traumatismes non élaborés et des modèles relationnels répétés. Un enfant peut sentir l’anxiété d’un parent, la honte autour d’un sujet familial, la peur de manquer, la méfiance envers le monde ou l’interdiction implicite d’être pleinement soi-même, même si personne ne lui explique directement ces choses.
Les recherches en épigénétique ont également montré que l’environnement et les expériences vécues peuvent influencer l’expression de certains gènes, sans modifier la séquence génétique elle-même. Il serait trop simpliste de dire que nous héritons directement de toutes les blessures de nos ancêtres comme d’un destin figé, mais il est de plus en plus reconnu que le stress, les traumatismes, les conditions de vie et les expériences émotionnelles peuvent laisser des traces biologiques et comportementales susceptibles d’influencer les générations suivantes. Cette perspective est importante, car elle montre que notre histoire ne commence pas toujours avec nous, mais aussi qu’elle n’est pas immuable.
Dans une perspective jungienne, nous pouvons aller encore plus loin et parler de l’inconscient collectif. Pour Jung, la psyché humaine ne se limite pas à l’inconscient personnel, constitué de nos souvenirs refoulés, de nos expériences oubliées ou de nos contenus psychiques individuels. Elle comprend aussi une dimension plus profonde et universelle, partagée par l’humanité, composée d’archétypes, de grandes images symboliques, de structures psychiques communes et de thèmes fondamentaux qui traversent les cultures et les époques.
Cela signifie que certaines peurs, certaines quêtes, certaines images intérieures ou certains conflits ne sont pas seulement personnels. Ils peuvent résonner avec des motifs plus vastes : la peur de l’exclusion, le besoin d’appartenance, la quête de valeur, la relation à la mère, au père, à l’autorité, à l’ombre, au féminin, au masculin, à la mort, à la transformation ou à la renaissance. Ces dimensions collectives ne remplacent pas l’histoire personnelle, mais elles l’élargissent. Elles permettent de comprendre que notre vie intérieure s’inscrit aussi dans un champ humain plus vaste.
Ainsi, nos croyances peuvent venir de plusieurs niveaux à la fois. Elles peuvent naître de notre vécu personnel, être renforcées par notre système familial, être colorées par notre culture, et résonner avec des structures collectives plus profondes. C’est pourquoi certaines réactions semblent parfois disproportionnées par rapport à la situation présente : elles ne répondent pas seulement à ce qui se passe maintenant, mais à tout un réseau de mémoires, d’associations et de significations.
Nous ne percevons pas la réalité telle qu’elle est, mais à travers nos schémas
Pourquoi est-il si important de travailler sur nos croyances ? Parce qu’elles influencent directement la manière dont nous percevons la réalité.
Déjà au XVIIIe siècle, Kant avait proposé l’idée que nous n’accédons pas à la réalité de manière totalement brute ou directe, mais à travers les structures de notre perception et de notre esprit. Sans entrer ici dans une discussion philosophique complexe, cette intuition reste très intéressante pour le travail psychologique : ce que nous percevons n’est jamais totalement indépendant de la manière dont notre esprit organise l’expérience.
La psychologie cognitive a développé cette idée sur le plan clinique. Aaron Beck a montré que nos schémas cognitifs influencent la manière dont nous traitons l’information. Ils fonctionnent souvent automatiquement, en dehors de notre volonté consciente, et orientent notre interprétation des situations. Une même situation peut donc être vécue très différemment selon les croyances activées chez la personne.
Si quelqu’un ne répond pas à un message, une personne dont le schéma profond est « je ne suis pas important » ou « je ne mérite pas d’être aimé » pourra interpréter ce silence comme une preuve de rejet. Elle se sentira peut-être abandonnée, honteuse ou anxieuse. Une autre personne, dont le système intérieur est plus sécurisé, pourra simplement penser que l’autre est occupé, fatigué ou indisponible, sans remettre en question sa propre valeur.
L’événement extérieur est le même. L’expérience intérieure ne l’est pas.
C’est ici que les croyances deviennent puissantes. Elles ne se contentent pas d’expliquer le passé ; elles organisent le présent. Elles orientent l’attention, donnent une signification aux événements, influencent les émotions et préparent les comportements. Si je crois profondément que je ne suis pas assez bien, je vais repérer plus facilement les signes qui semblent confirmer cette croyance. Une critique, un silence, une comparaison ou un regard ambigu prendront immédiatement une importance particulière. En revanche, les signes qui contredisent cette croyance risquent d’être minimisés, ignorés ou oubliés.
Le système cognitif est sélectif. Nous remarquons plus facilement ce qui confirme ce que nous croyons déjà. C’est ce que l’on peut observer dans de nombreux domaines de la vie émotionnelle. Une personne convaincue d’être un échec se souviendra avec précision d’un examen raté, mais oubliera les dix autres réussites. Une personne convaincue de ne pas être aimable accordera une importance immense à une distance relationnelle, mais aura du mal à intégrer les preuves d’affection. Une personne convaincue que le monde est dangereux repérera avant tout les menaces, les risques et les signes d’insécurité.
Cela ne signifie pas que tout est imaginaire. Cela signifie que notre perception est organisée. Nous ne voyons pas seulement ce qui est ; nous voyons aussi ce que notre système intérieur a appris à chercher.
La projection : quand nous rencontrons dehors ce qui vit dedans
La notion de projection, très importante chez Jung, permet d’approfondir encore cette compréhension.
La projection désigne le mécanisme par lequel nous attribuons à l’extérieur — aux autres, aux situations, au monde — des contenus psychiques qui existent en nous, mais dont nous n’avons pas encore pleinement conscience. Autrement dit, quelque chose de notre monde intérieur est perçu comme venant uniquement de l’extérieur.
Cela peut concerner des peurs, des désirs, des jugements, des qualités non reconnues, des blessures, mais aussi des parties de nous que nous avons rejetées ou que nous n’avons pas encore intégrées. Jung parlait notamment de l’Ombre pour désigner ces aspects de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir, que nous avons refoulés ou que nous considérons comme inacceptables.
Par exemple, une personne qui n’a pas le droit intérieur d’être en colère peut percevoir très rapidement les autres comme agressifs, même lorsque leur expression est relativement neutre. Une personne qui porte une grande insécurité peut voir du rejet partout, même là où il y a seulement de la distance, de la fatigue ou de la maladresse. Une personne qui ne reconnaît pas sa propre valeur peut idéaliser les autres et les placer très au-dessus d’elle. À l’inverse, une personne qui ne tolère pas sa vulnérabilité peut juger durement la vulnérabilité des autres.
La projection ne signifie pas que l’autre n’existe pas ou que tout vient uniquement de nous. Elle signifie que notre perception de l’autre est souvent colorée par ce que nous portons intérieurement. Nous ne rencontrons jamais l’autre de manière parfaitement pure ; nous le rencontrons à travers notre histoire, nos blessures, nos attentes, nos peurs et nos images intérieures.
C’est pourquoi certaines personnes ou certaines situations provoquent en nous des réactions très fortes. Elles touchent un contenu inconscient. Elles activent une partie non intégrée de notre psyché. Dans cette perspective, les relations deviennent des miroirs puissants. Elles ne nous montrent pas seulement qui sont les autres ; elles nous révèlent aussi ce qui, en nous, demande à être reconnu.
Travailler avec la projection demande beaucoup d’honnêteté intérieure. Il ne s’agit pas de se culpabiliser ou de penser que tout est de notre faute. Il s’agit plutôt de se demander : « Qu’est-ce que cette situation active en moi ? Qu’est-ce que je suis en train d’attribuer à l’autre ? Quelle partie de moi est touchée ? Quelle blessure, quelle peur ou quelle croyance se révèle à travers cette expérience ? »
Cette question est essentielle dans un chemin de transformation, car tant qu’un contenu reste projeté à l’extérieur, nous avons l’impression de ne pas pouvoir agir. Nous attendons que l’autre change, que le monde nous rassure, que les circonstances deviennent parfaites. Lorsque nous reprenons conscience de la projection, nous récupérons une part de notre énergie psychique. Nous pouvons alors travailler avec ce qui est en nous, au lieu de rester prisonniers d’une réalité que nous percevons comme entièrement extérieure.
«Il en va de l’extérieur comme de l'intérieur» E. Tolle.
De nombreuses perspectives, bien qu’elles utilisent des langages différents, convergent vers une idée commune : notre monde intérieur influence profondément notre monde vécu.
La psychologie cognitive parle de schémas, de croyances et de traitement sélectif de l’information. La thérapie des schémas parle de programmes précoces qui organisent nos émotions, nos perceptions et nos comportements. Jung parle d’inconscient, d’Ombre, de projection et de contenus psychiques à rendre conscients. Les approches de pleine conscience parlent d’observation des pensées et de désidentification. Les approches spirituelles parlent parfois du fait que l’extérieur reflète l’intérieur.
Dans certaines perspectives contemporaines inspirées du langage quantique ou de la conscience, on dit que nous participons à la réalité que nous expérimentons par notre manière d’observer, d’interpréter et d’entrer en relation avec le monde. Il est important d’utiliser cette idée avec nuance. Il ne s’agit pas d’affirmer que nous créons volontairement tout ce qui nous arrive, ni de culpabiliser les personnes pour leurs souffrances, leurs épreuves ou leurs traumatismes. Une telle lecture serait non seulement simpliste, mais aussi injuste.
En revanche, il est juste de dire que notre état intérieur influence la manière dont nous percevons les possibilités, les relations, les signes, les risques et les opportunités. Une croyance limitante peut empêcher d’agir, même lorsque l’opportunité existe. Si une personne croit profondément qu’elle échouera, elle peut ne pas oser commencer, abandonner trop tôt ou interpréter chaque difficulté comme une confirmation de son incapacité. Si elle croit qu’elle ne mérite pas l’amour, elle peut choisir des relations qui confirment cette croyance, repousser ce qui est disponible ou ne pas reconnaître ce qui est sain.
À l’inverse, lorsqu’une personne transforme ses croyances profondes, elle ne change pas seulement ses pensées. Elle change sa posture intérieure, son niveau d’ouverture, ses choix, ses comportements, sa capacité à recevoir, à poser des limites, à agir, à se montrer et à faire confiance à la vie. Le monde extérieur peut alors commencer à être vécu différemment, non parce qu’il devient magiquement parfait, mais parce que la personne ne l’aborde plus depuis le même état intérieur.
C’est dans ce sens que l’on peut comprendre l’idée : « ce qui est à l’intérieur se reflète à l’extérieur ». Nos croyances influencent notre manière de voir, de choisir, de nous comporter, d’entrer en relation et de donner un sens aux événements. Elles participent donc à la réalité que nous vivons.
Rien n’est figé : neuroplasticité, épigénétique et transformation
Si nos croyances peuvent être profondes, elles ne sont pas pour autant immuables. C’est un point fondamental. Le fait qu’un schéma se soit formé tôt ne signifie pas qu’il doive diriger toute notre vie.
La neuroplasticité montre que le cerveau peut se modifier à travers l’expérience, l’apprentissage, la répétition et l’attention. De nouvelles connexions peuvent se créer, de nouveaux circuits peuvent se renforcer, et des réactions automatiques peuvent progressivement être remplacées par des réponses plus conscientes. Cela ne se fait pas toujours rapidement, surtout lorsque les croyances sont anciennes et chargées émotionnellement, mais le changement est possible.
L’épigénétique apporte également une perspective intéressante. Si certaines expériences peuvent influencer l’expression de nos gènes ou laisser des traces dans le corps et les générations, cela signifie aussi que l’environnement, les comportements, les relations, les expériences réparatrices et les pratiques de conscience peuvent influencer notre biologie dans l’autre sens. Nous ne sommes pas condamnés à répéter indéfiniment ce qui nous a été transmis.
Cette idée est essentielle dans le travail de transformation intérieure. Nous ne choisissons pas toujours les croyances que nous avons reçues. Nous ne choisissons pas toujours les schémas que nous avons développés pour survivre, nous adapter ou préserver le lien. Mais nous pouvons apprendre à les reconnaître, à les comprendre, à les remettre en question et à en installer de nouveaux.
Le changement ne consiste pas à se forcer à croire quelque chose de positif de manière artificielle. Il ne suffit pas de répéter « je mérite le meilleur » si tout le corps continue à ressentir le contraire. La transformation demande un travail plus profond : rendre la croyance consciente, comprendre son origine, accueillir l’émotion qui l’accompagne, observer les situations dans lesquelles elle s’active, créer de nouvelles expériences et installer progressivement une nouvelle perspective.
Une croyance limitante n’est pas seulement une phrase dans la tête. C’est souvent une organisation entière du système intérieur. Elle doit donc être transformée à plusieurs niveaux : mental, émotionnel, corporel, énergétique, relationnel et parfois symbolique.
Transformer ses croyances : de l’inconscient à une nouvelle perspective
Transformer une croyance commence souvent par un changement de regard. Grâce à l’auto-observation et à la pleine conscience, nous pouvons commencer à repérer les croyances limitantes et les schémas qui s’activent dans certaines situations. Nous pouvons observer les pensées automatiques, les émotions qui les accompagnent, les réactions du corps et les comportements qui en découlent.
Par exemple, au lieu de croire immédiatement la pensée « je ne suis pas assez bien », il devient possible de la regarder comme une croyance activée. Au lieu de prendre pour vérité la sensation de rejet, il devient possible de se demander quelle ancienne mémoire ou quel schéma se réactive. Au lieu de conclure que l’autre nous juge, il devient possible d’examiner la part de projection qui colore notre perception.
Cette prise de conscience est déjà transformatrice, car elle nous montre que ce que nous croyons n’est pas nécessairement une vérité objective. Une croyance peut être ancienne, familière, intense et émotionnellement convaincante, sans être vraie. Elle peut avoir été logique dans un certain contexte de vie, mais ne plus correspondre à la réalité présente.
Il devient alors possible de s’interroger sur son origine. Cette croyance a-t-elle été apprise dans l’enfance ? A-t-elle été transmise par la famille ? Est-elle liée à une expérience de honte, de rejet, d’abandon, de critique ou d’insécurité ? Est-elle renforcée par une loyauté invisible ou par une peur collective ? Comprendre l’origine d’une croyance permet de la replacer dans son contexte. Elle cesse d’être une identité et redevient une adaptation.
Mais comprendre ne suffit pas toujours. Lorsqu’une croyance est profondément inscrite, il est souvent nécessaire de travailler avec ce qui l’a portée : les souvenirs, les images intérieures, l’émotion, le corps et les comportements qui maintiennent l’ancien schéma. C’est là que le travail devient plus profond. Il peut s’agir de rencontrer les parts de soi qui portent encore cette croyance : une partie blessée : une partie restée liée à une ancienne expérience où cette croyance s’est formée ou renforcée. On parle souvent de l’enfant intérieur.
Modifier une croyance à sa source, ce n’est donc pas simplement essayer de penser autrement. C’est entrer en relation avec la partie de soi qui a appris à croire cela, accueillir ce qu’elle a vécu, reconnaître ce dont elle a manqué, et lui offrir progressivement une expérience intérieure différente. Lorsqu’il n’est pas possible d’identifier une situation précise à l’origine de la croyance, d’autres approches peuvent aussi aider à la transformer : visualisations, pratiques symboliques ou énergétiques.
Peu à peu, l’ancien schéma peut perdre de sa force. La croyance limitante cesse d’être perçue comme une vérité absolue. Elle devient quelque chose qui a été appris, porté, répété — et qui peut maintenant être désinstallé, transformé ou remplacé.
C’est alors qu’une nouvelle perspective peut s’installer. Une croyance positive et saine est une perception plus juste, plus complète et plus libre. Elle ne nie pas les difficultés, mais elle ne réduit plus la personne à ses blessures. Elle permet de se dire : « Je peux apprendre », « je peux être aimé sans être parfait », « ma valeur ne dépend pas uniquement du regard des autres », « je peux me protéger sans me fermer », « je peux réussir sans me trahir », « je peux appartenir sans m’abandonner ».
Choisir une nouvelle manière d’habiter sa vie
Abandonner des croyances négatives et limitantes ne signifie pas effacer son passé. Cela signifie cesser de laisser le passé définir entièrement le présent. Cela signifie reconnaître que certaines croyances ont été apprises, transmises ou renforcées, mais qu’elles peuvent être transformées.
Nous pouvons apprendre que nous sommes suffisants tels que nous sommes, même avec nos imperfections, nos erreurs et nos vulnérabilités. Nous pouvons apprendre que nous ne sommes ni inférieurs ni supérieurs aux autres, mais profondément humains. Nous pouvons apprendre que nous n’avons pas besoin d’être parfaits pour mériter l’amour, la reconnaissance, la paix ou la réussite. Nous pouvons apprendre à nous accepter, à nous aimer et à nous relier à une part plus authentique de nous-mêmes.
Ce travail demande de la conscience, de la patience et de la répétition. Il demande aussi du courage, car remettre en question une croyance profonde, c’est parfois remettre en question toute une manière d’avoir survécu. Mais c’est aussi ouvrir la voie à une vie plus libre.
Quelle que soit la perspective que l’on choisit — cognitive, corporelle, jungienne, transgénérationnelle, spirituelle ou liée à la conscience — une même idée revient : notre monde intérieur participe à la réalité que nous vivons. Ce que nous portons en nous influence ce que nous percevons, ce que nous choisissons, ce que nous répétons et ce que nous croyons possible.
Rendre nos croyances conscientes, c’est donc reprendre une part de notre liberté. C’est cesser d’appeler « destin » ce qui était peut-être un schéma inconscient. C’est ouvrir la possibilité d’une nouvelle relation à soi, aux autres et à la vie.
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